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Parole de slameurs, parole d’experts

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lundi 04 déc 2017
Faculté des sciences de la société - Institut de recherches sociologiques

Ce travail a été réalisé par Nicolas Charpentier, étudiant en master de sociologie, dans le cadre du séminaire de Morena La Barba, méthodes audiovisuelles et photographiques de la Faculté des sciences de la société de l’Université de Genève, au printemps 2017. Les prénoms et les voix des participants ont été modifiés.
« Slam ». Il s’agit d’un mot anglais qui signifie « claquer ». Il désigne l’injection de produits de type psychostimulant, dans un contexte sexuel. Le terme est principalement utilisé par des hommes gays. Toute une rhétorique s’est développée au sein des communautés gays, dans les médias, ou encore le milieu médical. Ces discours se situent principalement sur un axe allant de la moralisation au risque sanitaire. La pratique du slam apparait ainsi interprétée de manière normative par les professionnels qui sont confrontés aux usagers ayant les consommations les plus problématiques. De plus, les services médico-sociaux orientés sur le champ des addictions ou de la santé sexuelle sont mal rejoints par ce public. Cela questionne l’absence de prise en compte de la parole et du savoir expérientiel des slameurs dans l’élaboration de réponses les concernant.
Ce projet de recherche a permis de faire émerger la parole de deux hommes gays pratiquant le slam, en regard des représentations développées sur eux et leur pratique du slam, dans la communauté LGBT, le milieu médical ou encore dans les médias. Leur parole devient bonne à penser dans le contexte précédemment décrit, afin que la réalité des personnes concernées par le slam ne soit pas réduite à une dimension médico-sexuelle, que les représentations auxquelles elles donnent lieu soient symétriquement discutées par les personnes elles-mêmes.
L’entretien avec Christian et Pierre nous plonge dans une géographie sociale et sexuelle. Celle d’hommes et de femmes (puisque Pierre évoque ces mêmes pratiques dans un contexte hétérosexuel à Genève) qui évoluent dans un espace aux frontières rebattues. Il y a quelques années, il était commun d’entendre que le slam était une pratique confidentielle cantonnée à des scènes gays telles que New York, Berlin, Londres, Zurich, ou encore Paris. Mais force est de constater que sa diffusion est nettement plus large. Cette pratique est aussi bien installée dans de petites villes de Haute Savoie que sur Genève ou Lausanne. Les slameurs font preuve de mobilité pour se rencontrer dans cet espace transfrontalier.
Ce travail a une dimension exploratoire et inductive forte. La pratique du slam étant encore faiblement documentée, souvent rapportée au travers d’un discours d’experts, eux-mêmes confrontés aux situations de slameurs étant dans des consommations problématiques. La rencontre et le travail conduit avec Christian et Pierre a permis d’élaborer un discours situé en dehors du champ aujourd’hui visible, un regard de eux sur eux.
Du point de vue de la sociologie visuelle, nous nous sommes appuyés sur le principe d’un cinéma de participation. C'est-à-dire que le chercheur, les acteurs communautaires et participants ont collaboré autour d’un intérêt commun, ils ont inventé ensemble le film. Le choix d’un dispositif filmique entend répondre également à la volonté de rendre accessible cette parole auprès d’intervenants du champ médical ou médico-social. Le but étant de permettre un débat, une réflexivité, sur les pratiques ou autrement dit d’œuvrer à une transformation sociale.
Ce travail, en ce qu’il a permis de se décentrer du rapport drogue/médical ou drogue/santé, constitue également un témoignage interrogeant la dimension culturelle des drogues.